3. L’approche sensible : une longueur d’avance

jeudi 12 mars 2015

La question peut se poser de savoir quel est le meilleur moyen d’aborder l’étude du patrimoine.

La tentation est grande de se satisfaire de "visites commentées" à destination d’un public passif, et de faire quelques exercices ou applications une fois rentré à l’école ou dans l’établissement scolaire.

Cette méthode peut avoir quelque succès sur les meilleurs élèves mais il est probable qu’elle n’accrochera que très modérément les autres enfants et encore moins ceux qui sont en difficultés scolaires ou en situation de handicap.

Car il ne faut pas oublier que le public concerné est composé d’individus en construction, qui pour s’épanouir ont besoin de repères dans l’espace et le temps.

Le jeune public est essentiellement préoccupé par le temps court, celui de l’instant et du plaisir immédiat.

Pour l’aider à en sortir et découvrir de nouveaux horizons puis penser l’avenir, l’enseignant doit d’abord entrer dans son univers, et lui donner envie de chercher d’autres perspectives.

C’est donc l’approche sensible, qui parait la plus adaptée aux jeunes enfants et adolescents, puisqu’elle se situe sur leur terrain familier.

En outre le patrimoine est un grand pourvoyeur de formes, de couleurs, d’odeurs, de matières et de matériaux, ce qui permet de solliciter la sensibilité des élèves.

Comme toute pédagogie basée sur la découverte par l’élève et la construction de savoirs par celui-ci , cette démarche est coûteuse en temps car ce n’est pas la rencontre fugace avec un objet patrimonial qui peut mettre en marche tout un processus de réflexion et de prise de conscience chez l’enfant.

Il faut donc multiplier les rencontres, ne pas intervenir trop vite, laisser l’élève s’imprégner par les sens et s’approprier le patrimoine par les arts, lui redonner le plaisir de la découverte dans la liberté, avant de passer à la construction des apprentissages.

Coûteuse en temps donc mais éminemment plus efficace sur le long terme. En effet, cette manière d’aborder l’Histoire change définitivement le regard de l’élève sur le monde qui l’environne et l’histoire des hommes dont il est porteur.

Si cette éducation au patrimoine est commencée, par l’approche sensible, dès l’école maternelle et poursuivie au collège et au lycée, elle peut réellement faire de l’élève un citoyen responsable, défenseur de son Histoire, tout en étant capable de porter un regard critique sur elle , acteur conscient dans sa ville, tourné vers l’avenir et protecteur du passé et des valeurs dont il est héritier .

C’est donc sur le long terme que l’on doit et peut transformer le regard des élèves et leur rapport au patrimoine et à l’Histoire. Objectif majeur qui donnera à l’élève le moyen de trouver ses racines et en même temps une ouverture d’esprit tournée vers le reste du monde.

C’est cette efficacité sur le temps long qui donne à l’approche sensible une longueur d’avance sur les autres moyens d’aborder l’étude du patrimoine


Monique Malique /Paysage et patrimoine sans frontière /Antenne Cahors